Photographier des lunettes sans y laisser de reflets
Deux campagnes pour l’opticien Atol de Saint-André-de-la-Roche, en 2020, avec Samantha. Et un problème de reflets réglé par un geste très simple.

Un opticien franchisé Atol, à Saint-André-de-la-Roche, me contacte en juillet 2020. Il lui faut des visuels pour présenter ses montures d’été, en vitrine et sur les réseaux. Trois mois plus tard, il rappelle pour les montures d’automne.
L’exercice est moins simple qu’il n’en a l’air, et pour une raison que j’avais déjà rencontrée en photographiant des voitures.
Deux miroirs au milieu d’un visage
Une monture, ce sont deux verres, donc deux surfaces réfléchissantes posées exactement là où le regard du spectateur va se poser. C’est le même problème qu’une carrosserie, en plus petit, et en pire sur un point. La carrosserie, elle, ne bouge pas. Un visage se tourne, s’incline, respire. Le reflet que vous veniez de chasser revient à la prise suivante.
On peut travailler l’angle. Décaler la source, faire basculer la monture de quelques degrés vers le bas, polariser. Ça demande du temps sur place, et la retouche doit ensuite reconstruire ce que le reflet a recouvert, derrière le verre, là où l’œil doit rester net.
L’idée est venue de Samantha
C’est Samantha qui a trouvé, sur le moment. Les montures que je photographiais étaient des modèles d’exposition. Elles ne portent pas de verres correcteurs, mais des verres de présentation, ceux qui tiennent la forme en vitrine. Elle les connaissait mieux que moi, et elle savait que ces verres-là se retirent.
Une fois les verres sortis, il n’y a plus de reflet à contourner, plus d’arbitrage entre l’angle de la lumière et celui du visage, et plus rien à reconstruire en retouche. Son regard traverse la monture, et c’est le regard qui porte une photo de lunettes.
La solution n’était donc pas photographique, et je ne l’aurais pas trouvée seul. Elle venait du métier de la personne que je photographiais. Depuis, je pose la question dès le premier échange sur ce genre de séance.
Attention à la limite, parce qu’elle est nette. Ça ne vaut que pour des montures d’exposition. Si vous photographiez quelqu’un avec ses lunettes correctrices, les verres restent, et il faut revenir au travail d’angle. C’est exactement ce que je décris pour une carrosserie dans photographier une automobile d’exception.
Il reste du travail, même sans verres
Retirer les verres ne règle que les reflets. Le reste demande de l’attention.
La monture elle-même réfléchit, surtout en métal, et un plan trop frontal allume une ligne blanche le long de la branche. Elle doit aussi tomber droit, parce qu’une monture de travers se voit immédiatement sur une photo de produit porté, et c’est le genre de détail qu’un opticien repère avant tout le monde. Enfin le regard doit rester présent : sans verre, plus rien ne protège les yeux du vent ni de la lumière.
Deux séances, deux lumières
La première, le 27 juillet 2020, au port de Saint-Jean-Cap-Ferrat, en début de matinée. Le choix de l’heure est technique avant d’être esthétique. À midi, en juillet, sur la Côte, un modèle plisse les yeux. Quand le sujet est une paire de lunettes portée sur un visage, tout se joue sur un regard ouvert. La lumière de huit heures est encore douce, elle sculpte sans brûler, et elle laisse les yeux tranquilles.
La seconde, le 7 octobre 2020, à Saint-André-de-la-Roche, là où mon entreprise est domiciliée, en fin d’après-midi jusqu’au coucher du soleil. Des montures d’automne, une lumière plus basse et plus chaude, des teintes qui vont avec la saison du produit. C’est l’heure à laquelle je travaille le plus volontiers.
Dans les deux cas, lumière naturelle seule. Je n’ai pas apporté de flash, et je n’en voulais pas.
Samantha, qui connaissait les montures mieux que moi
Samantha était étudiante en BTS opticien et travaillait dans l’enseigne. Pas de book, pas d’habitude de l’objectif.
Ça change la façon de travailler, et plutôt en bien. On a mené la direction artistique à deux : je proposais un cadre et une lumière, elle savait comment une monture se porte, s’ajuste et se repose. Ce sont des gestes qu’un mannequin apprend et qu’elle faisait naturellement, parce qu’elle les faisait toute la journée en boutique.
Elle a fait les deux campagnes. Le même visage à trois mois d’écart donne une continuité que le client n’avait pas demandée, et qui sert sa vitrine.
Ce que ça dit du reste
Un opticien qui rappelle trois mois plus tard, c’est le seul argument que je ne peux pas fabriquer. Le reste, les reflets, les heures, la direction de modèle, ce sont des choses qui s’apprennent.
Les portraits sont dans le portfolio portrait, et l’approche générale dans ma manière de photographier.
Une campagne produit à photographier ? Écrivez-moi ou demandez un devis en décrivant le produit, la saison et l’usage prévu.
Les deux campagnes sont réunies dans la galerie Atol les Opticiens. Pour d’autres séances du même genre, la galerie de portraits.